samedi 6 décembre 2008
L'UMP... vue de l'intérieur
« Je ne fais pas carrière, je fais de la politique. Et à l'UMP, on ne fait plus de politique : on se met en rang et on ferme sa gueule. »
Daniel Garrigue - Article de Sud-Ouest - 06 12 2008
vendredi 5 décembre 2008
Daniel Garrigue, député de Dordogne, claque la porte de l’UMP
Il est le premier villepiniste à franchir le pas : Daniel Garrigue, député de la deuxième circonscription de la Dordogne, ancien maire de Bergerac et président actuel de l’UMP départementale, vient de claquer la porte du parti majoritaire en accusant Nicolas Sarkozy de tous les malheurs qui lui arrivent. Le dernier en date étant la présentation contre lui d’un candidat élyséen – Jérôme Peyrat, conseiller politique du président de la République – aux élections du 11 décembre prochain où doit être élu le futur responsable de l’UMP en Périgord.
C’est un vrai réquisitoire qui a été dressé ce matin, lors d’une conférence de presse, par Daniel Garrigue contre la politique « pas assez sociale » de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, qui ne trouvent plus grâce aux yeux de ce proche de Dominique de Villepin. Novopress est d’ailleurs en mesure de révéler que Garrigue prépare, en toute discrétion, la mise en place d’une structure proche de l’ancien premier ministre et ennemi intime du président de la République. Une structure qui pourrait servir de catalyseur à tous les députés UMP qui « en ont marre » de la façon dont ils sont traités par l’Elysée et n’ont plus l’intention de plier devant les diktats de la « cour » sarkozyste, fussent-ils appuyés par leur président de groupe, Jean-François Copé.
Cette sortie fracassante de Daniel Garrigue peut donc bouleverser la donne locale mais aussi être le grain de poussière qui pourrait venir enrayer la belle machine de l’UMP nationale, au moment même où le parti présidentiel s’apprête à se doter d’un nouveau secrétaire général en la personne de Brice Hortefeux. Que Daniel Garrigue ait choisi de faire son annonce le jour où le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, faisait son entrée au gouvernement et se retrouvait déconnecté des manœuvres d’appareil, laisse penser que le député de la Dordogne y a vu une opportunité de tir. Les nouvelles fonctions de Brice Hortefeux ne vont pas être de tout repos…
Novopress.info, 2008, [http://fr.novopress.info]
mardi 2 décembre 2008
Dominique de Villepin accuse Sarkozy
Propos recueillis par Frédéric Gerschel et Henri Vernet Le Parisien du 1er décembre 2008
Le Parisien : Vous avez été renvoyé en correctionnelle dans l’affaire Clearstream. Y voyez-vous un règlement de comptes politique ?
Dominique de Villepin : Dans cette affaire, j’ai la conviction et la sérénité du juste. L’emballement auquel nous avons assisté depuis quelques mois n’est pas gratuit. C’est le fruit de pressions que je considère comme tout à fait inacceptables. Je n’ai jamais dénoncé calomnieusement quiconque, ce n’est pas ma conception de la vie, ce n’est pas l’idée que je me fais de la politique.
Les réquisitions des juges sont sévères à votre égard : complicité de dénonciation calomnieuse, complicité d’usage de faux, recel de vol et recel d’abus de confiance…
Ce sont des mots, pas des preuves. Mon innocence dans cette affaire est totale. J’ai agi en conscience, conformément à mon devoir à la fois de ministre des Affaires étrangères et de ministre de l’Intérieur. Je considère que l’instruction a été partielle et partiale. Elle s’est focalisée sur une rivalité politique entre Nicolas Sarkozy et moi-même, rivalité politique qui aurait tourné au règlement de comptes. Alors, c’est vrai, nous avons des histoires, des personnalités, des ambitions différentes. Je veux néanmoins rappeler que, pour ma part, je n’ai de haine envers personne et que je ne veux pendre personne à un croc de boucher (NDLR : l’expression aurait été employée par Nicolas Sarkozy à propos de Villepin). Je crains que Nicolas Sarkozy ne soit en grande partie aveuglé par la passion, cédant même parfois à une tentation de victimisation.
Y a-t-il de la haine à votre égard chez Nicolas Sarkozy ?
Ecoutez, il n’a pas caché que cela pouvait être un des moteurs de son comportement. La passion qu’il a mise dans cette affaire a effectivement pesé sur l’instruction et orienté l’ensemble de ce dossier depuis le départ. Je constate d’ailleurs qu’aucune des autres parties civiles n’a retenu l’attention de la justice. L’instruction s’est construite uniquement autour et pour Nicolas Sarkozy.
Il souhaite que toute la lumière soit faite dans cette affaire. Peut-on lui donner tort ?
Bien sûr que non. Mais la justice ne se fait pas au prix d’une injustice. Dès l’origine, j’ai été désigné comme le bouc émissaire. Tout s’est mis en place alors pour un véritable lynchage médiatique et judiciaire. Comment aurait-il pu en être autrement dès lors que le plus haut responsable de l’Etat intervient ouvertement dans le processus ?
Avez-vous cru apercevoir la fin du tunnel judiciaire cet été ?
A la fin de l’instruction, il était de notoriété publique que le parquet ne croyait pas à des charges suffisantes contre moi. Puis, contre toute attente, il a fait volte-face. L’instruction a été menée au mépris du bon sens, avec beaucoup d’incohérences, contredisant la vérité des faits et la vérité du droit. Tout cet échafaudage de mensonges et de manipulations tiendra-t-il jusqu’au procès ? Je n’en suis pas sûr. Mais en tout cas, il faut que l’on sache que rien de tout cela ne m’impressionne. Je paye le prix de l’indépendance politique qui a toujours été la mienne. Sinon, pourquoi chercherait-on systématiquement à m’atteindre ?
Vous avez rencontré à de nombreuses reprises l’ex-patron des RG, Yves Bertrand, lui-même mis en cause après la publication de ses carnets…
Je ne suis absolument pas concerné par ces carnets. Certains cherchent à leur faire dire ce qu’ils ne disent pas. J’ai rencontré effectivement Yves Bertrand lorsque j’étais secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac. Nous étions alors en cohabitation. Dans cette période, il y avait un fort risque sur la sécurité intérieure et de nombreuses attaques contre le président de la République. Il était donc normal que je m’entretienne avec le directeur des renseignements généraux, sur des sujets d’intérêt général. Il n’y a jamais eu de cabinet politique, de cabinet noir comme certains l’ont affirmé. Tout cela est totalement faux.
Dans un entretien à « Marianne », le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, annonce qu’il soutiendra lui-même l’accusation lors du procès et qu’il juge avec « mépris » ceux qui laissent entendre qu’il y a eu pression de l’Elysée contre vous. Que lui répondez-vous ?
Rien. M. Marin essaye de faire son travail, même s’il ne peut ignorer que je suis innocent. Il est placé dans une position intenable comme beaucoup d’autres responsables de l’Etat.
C’est-à-dire ?
Je ne veux pas personnaliser. Mon combat n’est pas un combat personnel, pas plus qu’un combat contre Nicolas Sarkozy. Mais il n’est pas acceptable qu’il puisse y avoir dans notre pays une telle confusion entre les intérêts privés d’une partie civile et la responsabilité publique du président de la République. Cette confusion est dommageable au bon fonctionnement de la justice. La justice est un bien fragile. Le principe d’égalité des citoyens doit prévaloir. C’est pour cela que je réclamerai des garanties au moment du procès. C’est pour cela aussi que j’ai décidé de mener une action spécifique devant le Conseil d’Etat face à la décision du chef de l’Etat de prolonger la nomination du juge Pons. Il y a là un mélange des genres inacceptable.
Vous n’avez pas confiance en la justice de votre pays ?
Une justice sous influence ouvrirait la voie à une justice politique. Nicolas Sarkozy a toutes les manettes en mains : il est le maître de l’ensemble du processus judiciaire. Il est maître de la composition d’une juridiction alors même qu’il est partie civile dans le dossier ; il est maître du calendrier du procès, on parle de 2009 ou de 2010 ; il est maître de l’accès à l’information et il est chef des parquets. C’est impressionnant. La justice doit donc être en position de ne pas se laisser influencer. Il y a malheureusement des menaces lourdes qui continuent à peser sur son indépendance dans cette affaire.
Envisagez-vous de vous présenter aux prochaines élections européennes ou régionales ?
Tout cela est prématuré. Je n’accorde aucune attention aux rumeurs, qui sont légion. Il y a des rythmes dans la vie politique. J’ai refusé tous les postes que l’on m’a proposés et je n’ai jamais rien demandé, contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là. Je n’attends rien. Je poursuis mon engagement public à la place qui est la mienne. Ma détermination est plus forte que jamais.
dimanche 9 novembre 2008
L'acharnement de Sarkozy contre Dominique de Villepin
Tout commence par une dépêche AFP...
PARIS (AFP) — Dominique de Villepin a une nouvelle fois dénoncé vendredi "l'instrumentalisation de la justice" par Nicolas Sarkozy dans l'affaire Clearstream en saisissant le Conseil d'Etat contre un décret du président prolongeant les fonctions de l'un des juges en charge du dossier.
Le Conseil d'Etat a confirmé à l'AFP le dépôt de cette requête de l'ex-Premier ministre en expliquant qu'il disposait de trois mois pour produire un mémoire et étayer sa demande. "Ensuite démarrera une instruction de la demande qui peut prendre plusieurs mois", a-t-on précisé.
"Notre requête ne vise pas à interférer sur le cours de la procédure (Clearstream, ndlr), M. de Villepin entend surtout dénoncer une nouvelle instrumentalisation de la justice par une des parties civile du dossier", a expliqué à l'AFP Me Yves Richard, l'un des avocats de l'ancien Premier ministre, en désignant le chef de l'Etat.
Sollicité par l'AFP, l'Elysée n'a pas souhaité faire de commentaire.
"Par décret du 31 octobre 2008, le président de la République a prolongé de 17 jours les fonctions d'un des deux juges d'instruction chargé du dossier Clearstream, Monsieur Henri Pons", a rappelé Me Yves Richard dans un communiqué.
Vice-président de l'instruction au pôle financier du tribunal de Paris, le juge Pons a été nommé par décret daté du 27 août 2008 à la cour d'appel de Montpellier où il devait prendre ses fonctions le 3 novembre.
Cette date de prise de fonction a été repoussée au 20 novembre par un décret du chef de l'Etat, paru au journal officiel le 1er novembre.
"Cette décision a pour effet de permettre à Monsieur Pons de poursuivre, avec Monsieur Jean-Marie d'Huy, le règlement de l'affaire Clearstream", a constaté Me Richard.
"L'engagement actif, personnel et public de la partie civile dans l'affaire Clearstream simultané à l'usage de pouvoirs présidentiels dans la même procédure constitue un détournement de pouvoirs au titre duquel M. de Villepin a saisi le Conseil d'Etat", a ajouté l'avocat.
"Il apparaît ainsi que le président de la République a usé de ses pouvoirs pour prendre une mesure qui ne sera pas sans conséquence sur le règlement d'une affaire dans laquelle il est une partie civile particulièrement engagée, ainsi qu'en témoignent ses prises de positions publiques", a écrit l'avocat.
Pour le conseil de M. de Villepin, "les circonstances de cette prolongation de fonctions, à quelques jours de l'échéance de la procédure, ne peuvent qu'affecter la sérénité et l'indépendance de l'institution judiciaire".
Après quatre ans d'enquête sur une simple affaire de dénonciation calomnieuse muée en affaire d'Etat, le parquet de Paris a requis le 7 octobre le renvoi en correctionnel de M. de Villepin.
Il revient maintenant aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, qui ne sont pas tenus par les réquisitions du parquet, de se prononcer sur l'éventuel renvoi de l'ancien Premier ministre devant la justice.
Mais les magistrats devaient pour cela attendre le 7 novembre, la loi accordant un délai supplémentaire d'un mois aux parties pour formuler d'éventuelles observations complémentaires. Une date à laquelle M. Pons aurait dû se trouver à Montpellier…(Extrait de la dépêche AFP).
Compte tenu de ce nouvel élément, il va désormais être difficile, pour Nicolas Sarkozy, de réfuter toute interférence dans l’instruction de ce dossier et de nier l’acharnement dont il fait preuve pour discréditer Dominique de Villepin en qui il voit, non sans lucidité, la seule alternative possible, à droite, à sa propre succession.
Pourtant, des indices avaient déjà permis de lever le voile sur une indéniable intervention de la Chancellerie dans ce dossier (mais que ne ferait pas la Garde des Sceaux pour plaire à sa Majesté…). Ainsi, le 3 juin 2008, dans un premier réquisitoire, Jean-Claude Marin, le procureur de la République, avait estimé que "les charges n'apparaissaient pas suffisantes" pour justifier un renvoi de Dominique de Villepin devant le tribunal correctionnel de Paris et avait réclamé un supplément d'information aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Alors que ce supplément d’information n’avait permis d’apporter aucun élément nouveau à l’enquête des juges, le même procureur de Paris avait requis, le 7 octobre 2008, un renvoi de l’ancien Premier Ministre en Correctionnelle. Franchement, comment ne pas voir, dans cette étonnante volte-face, une intervention élyséenne ayant pour seul objectif de « tuer » un concurrent politique ? Ce n'est en tout cas pas le décret signé le 31 octobre 2008 par le Président de la République pour reporter la prise de fonction du juge Pons qui permettra de lever le doute sur une manipulation venue de l'elysée... bien au contraire.
vendredi 7 novembre 2008
Lettre ouverte de Dominique de Villepin au nouveau Président des Etats-Unis d'Amérique
Fort de son expérience au Quai d'Orsay, puis à Matignon, et de et de sa capacité à porter une analyse lucide et pertinente sur les risques qui guettent les grands pays du Monde, Dominique de Villepin a publié, dans les colonnes de Libération (numéro spécial du 6 novembre 2008), une lettre ouverte au 44ème Président des Etats-Unis d'Amérique. Dans cette correspondance, l'ancien Premier Ministre de la France dit tous ses espoirs dans l'Amérique d'Obama mais il met aussi en garde le nouveau locataire de la Maison Blanche contre les dérives que peut connaître la première puissance mondiale lorsqu'elle s'éloigne des principes fondamentaux qui ont prévalu à la construction des Etats-Unis d'Amérique.
"L’espoir a pour un temps chassé la peur dans votre pays. Vous en êtes devenu le dépositaire, incarnant, au long de cette campagne, les divisions dépassées, le souffle retrouvé, le pacte refondu. Au-delà, le monde entier s’est passionné pour cette élection.
Mesurez les attentes, car elles vous obligent. Cet espoir est fou, bien sûr. Vous êtes appelé à gouverner les Etats-Unis, pas à diriger le monde. Les intérêts d’un pays ne peuvent se confondre avec ceux de l’humanité. Ne refaites pas l’erreur qui a mené l’Amérique néoconservatrice à l’impasse. Mais l’espoir est par nature déraisonnable.
Il l’est tout autant que la peur insidieuse qui s’est emparée de votre pays ces sept dernières années : la peur d’un monde barbare, d’abord, lorsqu’après la terrible épreuve du 11 Septembre votre pays s’est lancé dans la fuite en avant d’une "guerre contre le terrorisme", guerre sans armée, sans bataille et sans paix. La peur de l’autre, aussi, dans une Amérique retranchée derrière ses écrans, enfermée dans ses quartiers, repliée sur ses communautés. La peur de s’ouvrir au monde, enfin, qui offre pour refuge l’intolérance et le dogmatisme d’un universalisme dévoyé.
Le bilan est lourd, aux Etats-Unis comme dans le monde. La confiance estrompue ; depuis Abou Ghraib et Guantánamo, les valeurs que vous portez et qui sont aussi les nôtres sont inaudibles. Les Etats-Unis se sont éloignés de leur destinée, des combattants de la liberté, des pionniers de l’inconnu.
Ainsi, une voie s’ouvre vers les réconciliations. La réconciliation d’une société avec son économie, tout d’abord, car le spectacle de l’effondrement de Wall Street a nourri la défiance à l’égard d’une économie opaque, lointaine, insaisissable.
Une réforme mondiale s’impose, afin que l’économie-casino cède le pas à la régulation. Le FMI aussi doit être remodelé. Après les rêves de Bretton Woods, il a incarné, peu à peu, la domination idéologique du Nord sur le Sud, syndicat de copropriété avantageant les héritiers, l’Occident, et fermant la porte au nez des nouveaux venus. Chine, Inde ou Brésil.
Ce devra être aussi la réconciliation des Etats-Unis avec eux-mêmes, avec leur passé, avec leurs aspirations. Un président noir cent cinquante ans après la guerre de Sécession, quel symbole !
Pourtant, il y a une vraie déchirure, deux Amérique. Le risque des frustrations et des revanches est là, exacerbé par les secousses du rêve américain : une nature inépuisable, une maison à soi, un avenir meilleur pour ses enfants, un à un laminés par le risque climatique, la crise du crédit, la récession.
Il faudra enfin que ce soit la réconciliation des Etats-Unis avec le monde, davantage soucieux de la diversité des cultures et respectueux des identités. Car tout est à reconstruire. L’ONU, en crise depuis trop longtemps, exige les progrès de la gouvernance mondiale.
Il existe aujourd’hui, et c’est nouveau, les ferments d’une véritable conscience mondiale. Ne gâchons pas cette chance qui nous est offerte ; les terrains de lutte sont là, contre le sida qui fait toujours des ravages, contre la faim qui touche 900 millions d’humains. Ne soyons pas myopes, d’une crise l’autre. La crise alimentaire de l’année passée n’est pas achevée.
Vous arrivez à l’heure où le monde bascule. Le moment unipolaire est fini.
Les Etats-Unis ont vieilli ces dernières années, mesurant le poids de l’Histoire, l’impuissance de la force, la complexité du monde. Pour autant, votre pays ne peut se passer du monde, même si le monde a besoin de votre pays. Le remède isolationniste serait aussi dangereux que le mal. Jadis, les Etats-Unis ont déjà succombé à ces sirènes. Ils n’ont pu empêcher la course à la guerre générale.
Un partenariat équilibré avec l’Union européenne s’impose ; l’action est indispensable, mais une action collective et partagée. L’Afrique ne peut plus attendre, pas plus que le Moyen-Orient. Au-delà de l’Irak, de l’Iran, le pourrissement interminable du conflit israélo-palestinien gangrène la région.
Pour tout cela, vous devrez renouer avec vos principes et rapidement définir vos priorités. Rien n’est plus volatile que l’espoir, rien plus venimeux que l’espoir déçu.
Je veux croire à la vitalité d’un rêve américain, qui ne peut s’épanouir sans de nouvelles preuves de justice, d’égalité des chances, de solidarité. Je veux croire en même temps à notre idéal partagé de paix, de mobilisation contre la pauvreté et pour la sauvegarde de la planète.
Oui, nous pouvons le faire, ensemble."
Dominique de Villepin - Ancien Premier Ministre de la France
dimanche 19 octobre 2008
Sarkozy - Jospin : l'alliance objective
Après que le Président de la République ait, par l’intermédiaire de son avocat, déposé plainte contre Yves Bertrand, ancien directeur des Renseignements Généraux, pour "dénonciation calomnieuse", voilà que d’autres s’engouffrent dans la brèche pour exploiter, de façon politicienne, l’affaire des "carnets secrets" (qui semblent n’avoir de secret que le nom…) dont le magazine Le Point a récemment publié quelques extraits. Bien sûr, on ne s’étonnera pas qu’Edouard Balladur ait jugé utile ou opportun, vendredi dernier sur le plateau de Canal Plus, de justifier la démarche de Nicolas Sarkozy, tant la rumeur de son possible retour au Ministère de l’Economie doit le faire jubiler. Mais la charge la plus virulente est à attribuer à Lionel Jospin (pour ceux qui se souviennent de qui il s'agit) qui n’a pas hésité à bondir sur l’occasion pour s’étonner des rencontres régulières qu’entretenaient Yves Bertrand et Dominique de Villepin, alors Secrétaire Général de l’Elysée, pendant la période de cohabitation issue des législatives anticipées de 1997. Avec un sens de la modération qui n’a d’égal que la considération qu’il a pour sa propre personne, Lionel Jospin, voit déjà poindre un « scandale d’Etat ».
Or, cette alliance objective, même si elle est contre-nature, de l’ancien premier Ministre socialiste et de l’actuel Chef de l’Etat trouve sa source dans une volonté identique de revanche contre la Chiraquie.
Lionel Jospin, il l’a déjà évoqué à plusieurs reprises dans des interviews ou des articles, a toujours éprouvé une sorte de condescendance hautaine pour Jacques Chirac qui a, par deux fois été son challenger, et qui l’a, à chaque reprise, mis KO lors des scrutins présidentiels de 1995 et 2002. Mais ce que n’a toujours pas digéré Jospin, c’est d’avoir été éliminé dès le premier tour de l’élection de 2002 et de n’avoir, ainsi, pas pu affronter celui qu’il côtoyait tous les mercredis matin en Conseil des Ministres et pour lequel il n’éprouvait aucune considération. A cette amertume, qui l’a conduit, un peu trop rapidement, à annoncer son retrait de la vie politique française, s’est ajoutée la contrariété de n’avoir pu apparaître, aux yeux de ses camarades socialistes, comme un recours, une sorte d’homme providentiel, pour la présidentielle de 2007. Après avoir échoué contre Jacques Chirac, qu’il a toujours sous-estimé, il a dû, à cette époque, s’incliner devant l’appareil du Parti Socialiste au profit de Ségolène Royal qu’il jugeait, et qu’il juge encore, incapable d’assumer la fonction suprême. Il ne faut donc pas s’étonner que les retours périodiques du retraité de l’Ile de Ré sur la scène politique, ne soient nourris que de rancœur à l’encontre de tous ceux qui lui ont barré le chemin du destin national qu’il imaginait pour lui-même. Jospin ne guérira probablement jamais du complexe de supériorité dont il souffre de façon chronique.
En ce qui concerne Nicolas Sarkozy, on peut voir aussi, dans sa démarche, cette inextinguible volonté de revanche contre celui qui n’a jamais accepté de l’adouber comme son dauphin, en l’occurrence, Jacques Chirac et contre celui qu’il a promis, fût un temps, « de pendre à un crochet de boucher », Dominique de Villepin. Sur un plan juridique et compte tenu de la légitimité que l’Etat confère à l’existence des Renseignements Généraux, la plainte déposée par Nicolas Sarkozy revêt un caractère ubuesque. Voici pourquoi, en quelques points :
§ En attaquant l’ancien directeur des Renseignements Généraux, le Président de la République met en cause, implicitement, une organisation qui émane du pouvoir exécutif et dont il continue à légitimer l'existence. J’en veux pour preuve la récente réforme du 1er juillet 2008 qui entraîné la fusion des Renseignements Généraux (RG) et de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) pour devenir la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et former, à ce titre, le plus important service de renseignement intérieur français.
§ Si le Président de la République est un citoyen, et donc un justiciable, comme les autres, et peut, à ce titre, attaquer en justice à chaque fois qu’il s’estime diffamé par des propos rapportés dans la presse (c’est en tout cas ce qu’affirme Nicolas Sarkozy pour justifier sa démarche), il faudra, s’il veut aller jusqu’au bout de sa logique, qu’il initie une nouvelle révision constitutionnelle en vue de supprimer les protections que lui confèrent le statut de Président de la République. Il ne peut, en effet, se prévaloir de droits égaux d'un côté et bénéficier, d’autre part, de protections supérieures à celle du citoyen lambda, fussent-elles inhérentes à l’exercice de son mandat.
§ Par ailleurs, quelle crédibilité peut avoir un tribunal pour arrêter une décision de justice dans une affaire où le Chef de l’Etat est partie civile alors même que ce dernier, par l’intermédiaire de sa (fidèle) Garde des Sceaux, peut délivrer des instructions au Parquet.
§ Enfin, la publication, dans la presse, de propos consignés dans des carnets qui étaient sensés être conservés sous scellés, en l’occurrence dans le cadre de l’affaire Clearstream, par les instances judiciaires dont le Président de la République est le garant, met très gravement en cause le fonctionnement des services de l’Etat. Aucune exploitation n’ayant jamais été faite de ces carnets pour nuire à l’image de Nicolas Sarkozy, c’est donc contre les services de l’Etat que le Président aurait logiquement dû se constituer partie civile puisque ces derniers n’ont pas été capables de garantir le secret alors qu’il s’agissait de documents détenus dans le cadre d’une instruction judiciaire en cours.
Pour toutes ces raisons, la conduite de Nicolas Sarkozy est condamnable et elle ne correspond pas, au comportement que l'on est en droit d’attendre du Président de la République. D’ailleurs, aucun de ces prédécesseurs n’ont usé de tels procédés et ce n’est pourtant pas faute d’avoir fait l’objet, eux aussi, de propos mensongers, diffamatoires, voire parfois insultants.
Mais en agissant de la sorte, Nicolas Sarkozy commet aussi une faute politique qui pourrait lui coûter cher et qui n’est pas sans rappeler l’attitude de Jacques Chirac à l’endroit des balladuriens au cours de son premier septennat. En refusant obstinément de faire une place à ceux qui l’avaient trahi, dès 1994, en choisissant d’apporter leur soutien à Edouard Balladur dans la course à l’Elysée, Jacques Chirac s’était coupé d’une partie de sa majorité et la fracture politique n’avait jamais vraiment été résorbée. Cette situation avait créé des fragilités alors que l’exercice du pouvoir nécessitait une loyauté sans faille de tous ceux qui se réclamaient de la majorité présidentielle. En s’entêtant à cibler Dominique de Villepin, l’actuel Chef de l’Etat réitère la même erreur politique que son prédécesseur, en écartant, de fait, une partie de ceux qui l’avaient soutenu au moment de l’élection présidentielle, même s'il s’agissait plus d’un soutien par défaut que d’un réel enthousiasme pour sa personne.
Mais, désormais, le mal est fait, Nicolas Sarkozy ayant agi en faisant preuve d’une maladroite précipitation qui traduit sa volonté constante de se positionner en victime. Aussi, face aux interrogations et aux incompréhensions que soulève la récente décision du Président de la République, il apparaît que même les journalistes restent perplexes et dubitatifs. Les articles parus dans certains quotidiens ou mis en ligne sur certains blogs, montrent que la tactique élyséenne n’est pas comprise et qu’elle est, parfois, condamnée. Il nous appartient, désormais, à nous aussi, de dénoncer les arrières pensées élyséennes qui n’ont pour but, au fond, que de jeter l’opprobre sur les années Chirac. Quant aux propos de Jospin, ce n'est pas la peine de s’embarrasser avec les états d’âme d’un fantôme du PS… d’ailleurs nous ne croyons pas aux fantômes.
dimanche 12 octobre 2008
Genèse d'un blog
Le terme du mandat présidentiel de Jacques Chirac, en 2007, a sonné la fin d’une époque militante pour de nombreux français qui, pendant des années, avaient soutenu son action en tant que leader politique, puis, à partir de 1995, en qualité de Président de la République Française. Les méthodes, le comportement et certaines positions politiques de Nicolas Sarkozy, n’ont pas permis, à nombre d’entre eux, de s’engager, à nouveau et avec le même enthousiasme, derrière le nouveau locataire de l’Elysée. Certains ont purement abandonné l’action militante, d’autres ont trouvé, dans des structures nouvelles, et je pense notamment à Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, un nouveau ressort à leur engagement politique. Mais, dans l’organisation de la vie politique française, le but ultime et légitime de toute aventure militante est de porter un candidat à la Présidence de la République. Et ils ne sont pas nombreux à pouvoir prétendre exercer la fonction suprême. Le rajeunissement de la classe politique, même s’il est bien entendu nécessaire, et la stratégie politique (ou politicienne) de l’ouverture à gauche, conduisent, aujourd’hui, la République à se passer de ses plus éminents talents. Je veux parler, entre autres, d’Alain Juppé, Dominique de Villepin, Philippe Seguin pour les plus expérimentés ou de François Baroin ou Hervé Gaymard pour les plus prometteurs.
Dans les derniers mois du quinquennat de Jacques Chirac, beaucoup de ceux qui n’étaient décidément pas convaincus par Nicolas Sarkozy ont pensé, et même espéré, que Dominique de Villepin, qui assurait alors la fonction de Premier Ministre, puisse incarner la relève et conserver, à la fonction présidentielle et à la France, la grandeur que leur avait conférée l’action du Président Chirac. Malheureusement, et malgré le cynisme avec lequel il s’est démarqué du Président et du Gouvernement auquel, pourtant, il appartenait, Nicolas Sarkozy a réussi à emporter l’adhésion des militants de l’UMP avec un discours de rupture dont on constate, désormais, qu’il ne recouvrait qu’une sémantique de marketing politique. Quoi qu’il en soit, sa stratégie s’est révélée gagnante et à aucun moment, avant l’élection présidentielle, une fenêtre de tir ne s’est présentée pour permettre à un autre homme issu de la majorité présidentielle d’envisager une candidature élyséenne sans que celle-ci ne soit interprétée comme un signe de division dans son propre camp.
Après quelques dix huit mois d’exercice du pouvoir, Nicolas Sarkozy n’a toujours pas réussi à rallumer la flamme militante dans le cœur de tous ces orphelins du Chiraquisme. Un homme, pourtant, continue de façon régulière, à susciter l’espoir : Dominique de Villepin. Mais le conflit larvé qui l’a si longtemps opposé à Nicolas Sarkozy et qui a conduit à l’abracadabrantesque feuilleton « Clearstream », n’en finit pas de lui barrer la route d’un retour vertueux dans l’arène politique nationale. Cependant, l’espoir que cet homme incarne pour nombreux d’entre nous (il n’est qu’à voir le nombre de blogs qui lui sont consacrés sur la toile) et les manipulations dont il semble faire l’objet dans l’affaire « Clearstream » me conduisent, aujourd’hui, à travers ce blog, à apporter un soutien indéfectible à Dominique de Villepin. Ma contribution vient, ainsi, alimenter la communauté, déjà nombreuse, des internautes se réclamant d’une sensibilité Chiraco-Villepinistes. Parce ce que, comme disait Jacques Chirac, seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas.
Enfin, un dernier mot concernant l’intitulé de ce blog : La France pour Tous. Il s’agit, bien entendu, d’un clin d’œil faisant référence au slogan et au visuel de communication empruntés à la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1994-1995. C’est aussi l’esprit de rassemblement dans lequel Dominique de Villepin avait inscrit sa rentrée politique lors de l’émission Le Grand Jury RTL – Le Figaro – LCI du 24 août dernier.
A vous, désormais, de faire vivre cet espace de débat en y apportant vos commentaires et vos suggestions.




